Le vide.

L’absolu.

L’absurde.

L’étonnement le plus total.

C’est le sentiment que doit ressentir un funambule sur un câble entre deux tours, à 700m de haut et sans aucune attache.

C’est le sentiment que je ressens lorsque, toutes mes croyances sur le monde, tous mes repères, toutes mes pensées s’effacent et alors la vie m’apparait dans sa forme la plus brute.

Ce sentiment survient en un instant.

Il me saisit.

Il me prend aux tripes.

Et pendant que mon esprit tente de se convaincre que cela ne peut pas être la réalité.

Mon cœur, plus lucide, comprend qu’il était aveuglé par des illusions durant toute son existence, et que maintenant, il voit.

Cette sensation dure quelques secondes, et puis je retourne dans l’action.

Quelques minutes plus tard, cette sensation refait surface, et à nouveau, comme si c’était la première fois, tout s’efface, et comme frappé par un éclair de vérité, apparaît devant mes yeux ébahit, la véritable nature de la vie, de la mort, de la condition humaine, de l’absurdité de toutes les constructions sociales.

Et ce sentiment disparaît à nouveau en retournant dans l’action.

Comme si toutes les minutes, le regard du funambule tombait en direction du vide et qu’alors, il prenait conscience de ce vide et était complètement submergé par celui-ci.

Il n’avait jamais vu ce vide. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Comment était-il arrivé là ? Était-il en train de rêver ?

Et en faisant un nouveau pas, son regard se redresse, et le vide disparaît.

Ce processus s’enchaîne.

Un pas. Le vide. Un pas. Le vide. Un pas. Le vide.

Pourquoi je n’ai jamais vu aussi clairement ?

Pourquoi ne m’a-t-on jamais montré cette vérité qui se présente sous la forme d’un vide infini ?

Pourquoi chaque personne que je rencontre ne crie pas son incompréhension, sa peur, mais aussi son émerveillement de ce vide qui est pourtant présent à chaque instant ?

Suis-je le seul sur ce câble au-dessus-du vide ?

Est-ce que tout le monde est déjà tombé ?