Certains souvenirs d’apparences innocents réussissent, pour je ne sais quelle raison, à s’ancrer durablement dans la mémoire.

Un tel souvenir remonte à mon adolescence où un professeur avait dit à un camarade :

“Lorsque ce que l’on a à dire n’est pas plus beau que le silence, il vaut mieux se taire”

Depuis ce jour, il arrive régulièrement que cette phrase résonne comme un écho lointain dans ma tête.

“Lorsque ce que l’on a à dire n’est pas plus beau que le silence, il vaut mieux se taire”

“Si ce que l’on a à dire n’est pas plus beau que le silence, il faut se taire”

“Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, tais-toi”

Le monde est rempli de gens qui parlent pour ne rien dire.

Ils sont comme des jukebox.

Vous mettez une pièce et vous savez qu’ils parleront aléatoirement,

Que ce soit de la météo, de leur train-train quotidien au boulot, de ragots à propos de connaissances éloignées, de leur vision supposément originale de la politique (qui en réalité est tout à fait similaire à celle de leur entourage).

Pourquoi tous ces êtres humains, ceux-mêmes qui dès qu’ils en ont l’occasion prônent leur supériorité en termes d’intelligence, de créativité et de conscience par rapport aux autres animaux, déploient tant énergie en agitant leurs lèvres pendant des heures pour répéter encore et encore les mêmes vanités et idioties ?

À vrai dire, prenez un tel groupe d’humains et placez-les à côté d’un groupe de n’importe quelle espèce de mammifères.

Si tel un aigle, vous faites abstraction des détails pour avoir une vue globale.

Alors, vous verrez que les deux tableaux ont été peints par le même peintre, avec la même peinture et à deux jours d’intervalle.

Dans chaque tableau, vous verrez des êtres vivants, agiter leurs membres pour se saluer, s’amuser, se réconforter, se battre ou s’entre-tuer.

Vous les verrez tenter diverses manœuvres pour arriver à leur fin égoïste.

Mais surtout, vous les entendrez sans cesse émettre toujours les mêmes sons pour des choses insignifiantes.

Pourquoi ?

Pourquoi se comporter comme un bébé qui ne fait que pleurer pour attirer l’attention et que l’on s’occupe de lui ?

Car l’être humain a une peur effroyable du silence.

Car le silence est le plus grand révélateur.

Le plus grand révélateur de toutes les illusions qui l’envoûtent et qui constituent l’essence même de sa vie.

Il voit alors que le silence est le véritable absolu, que tout autre est imagination, plan sur la comète et conte de fées.

Tant que l’être humain parle, il peut réussir à se faire croire qu’il est quelqu’un, qu’il a de la valeur, qu’il existera éternellement, ou tout du moins que les gens le maintiendront en vie en continuant à parler de lui.

Mais le silence détruit tout ça, il agit comme la gravité agit sur un parachutiste sans parachute.

Il comprend que tout a commencé dans le silence et que tout finira dans le silence.

Combien de disputes ont été déclenchées par peur du silence ?

Combien de guerres et donc combien de millions de morts sont la simple conséquence de la terreur des hommes à confronter les révélations du silence ?

Et encore plus dramatique, car de cela tout résulte :

Combien de milliard d’êtres humains, ont réalisé au moment de rendre leur dernier souffle qu’ils avaient gâché leur potentiel divin ?

Ceux-ci, par ignorance et paradoxalement, ont choisi de vivre péniblement et médiocrement dans le mensonge.

Alors qu’il suffisait, d’embrasser le silence absolu et de reconnaître avoir vécu jusqu’ici dans l’illusion afin de découvrir la vérité et devenir dans l’instant un être suprême.

Blaise Pascal avait certainement compris tout cela en disant : “Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre”.